L’unité Inserm U1070 au Pôle biologie santé à l’université de Poitiers, créée en 2012, alerte sur la résistance des bactéries aux antibiotiques. Un sujet sur lequel elle planche ardemment.

En 2050, il y aura plus de morts d’infections bactériennes que de cancers, selon les épidémiologistes, relaie la nouvelle directrice de l’unité Inserm U1070, installée au deuxième étage du pôle biologie santé, soutenue par le Centre hospitalier universitaire de Poitiers.

Deux niveaux d’expertise

Sandrine Marchand ne cherche pas à dramatiser la situation mais le constat scientifique nécessite de tirer la sonnette d’alarme. L’actuel patron et fondateur de cette unité de recherche, William Couet, appuie cette prédiction : « Les bactéries, une bombe à retardement, ça va nous péter. » Les choses sont dites.
L’unité U1070, qui s’intitulera, à compter du 1er janvier 2022, Pharmacology of antimicrobial agents and antibioresistance (PHAR2), présente la singularité de posséder deux niveaux d’expertise, la pharmacocinétique couplée à la microbiologie. Comprenez l’étude du devenir du médicament depuis l’administration jusqu’à l’élimination par l’organisme et l’efficacité du médicament, les effets thérapeutiques et comment le médicament agit sur l’organisme.

« De la paillasse au lit du malade »

Cette double expertise sur les antibiotiques, qui agissent sur les bactéries, offre aux praticiens des avancées significatives pour soigner certaines pathologies. On parle ainsi d’optimisation posologique dans le cadre de l’efficacité pour des infections sévères (maladie nosocomiale). L’U1070 jouit d’une crédibilité internationale.
Cette petite équipe d’une quinzaine d’enseignants-chercheurs couvre un spectre assez large, qui va « de la paillasse au lit du malade ». Elle intègre des projets dans le cadre de consortium privé-public où l’Europe injecte de l’argent pour la recherche de nouvelles molécules.

Surmonter la résistance aux antibiotiques

À l’instar du projet GNA Now, (en français « Nouveau antibiotique Gram-Négatif Maintenant ») dont l’objectif est de trouver des candidats médicaments qui surmontent la résistance aux antibiotiques. Les bactéries Gram-négatives, qui résistent à plusieurs médicaments, deviennent un défi majeur de santé publique.
Le travail de recherche de l’U1070 sur les combinaisons antibiotiques a permis à l’unité de bénéficier d’une visibilité. En étant associé à de très grosses équipes australiennes (Melbourne) et suédoise, l’unité U1070 a apporté « sa pierre à l’édifice », a estimé Sandrine Marchand. L’antibiotique ciblé : la Colistine, utilisée pour les traitements pulmonaires sévères (infections nosocomiales) ou la mucoviscidose.
Dans le programme prioritaire de recherche antibiorésistance, lancé en 2020, L’unité Inserm poitevine a été retenue avec celle de Limoges, l’U1092, pour plancher sur le séquençage des bactéries multirésistantes notamment.
Une recherche qui n’a « pas à rougir vis-à-vis des Américains, dotés de moyens financiers et humains plus conséquents », relève Sandrine Marchand.

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